{"id":753,"date":"2025-09-24T11:12:04","date_gmt":"2025-09-24T09:12:04","guid":{"rendered":"https:\/\/pisanobruno.com\/?p=753"},"modified":"2025-09-24T12:45:40","modified_gmt":"2025-09-24T10:45:40","slug":"comment-peint-on-un-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pisanobruno.com\/?p=753","title":{"rendered":"Comment peint-on un silence ?"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Comment peint-on un silence ?<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le \u00ab formalisme zombie \u00bb corrompt un peu plus chaque jour le monde de l\u2019art ; \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 des pseudo-artistes se pensent \u00e0 l\u2019avant-garde en reproduisant quasi \u00e0 l\u2019identique des \u0153uvres qui ont pourtant plus d\u2019un si\u00e8cle, encourag\u00e9s dans leur fausse d\u00e9marche d\u2019exp\u00e9rimentation par tout un microcosme essentiellement compos\u00e9 d\u2019investisseurs et de succ\u00e9dan\u00e9s cr\u00e9atifs ; \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on pr\u00f4ne l\u2019av\u00e8nement prochain, voire urgent, d\u2019un art qui se voudrait radicalement \u00ab informel \u00bb et \u00ab invisuel \u00bb, pi\u00e9tinant au passage des savoir-faire s\u00e9culaires que l\u2019on consid\u00e8re d\u00e9sormais comme has been ; \u00e0 l\u2019heure, enfin, o\u00f9 l\u2019on glorifie la m\u00e9diocrit\u00e9 au d\u00e9triment de tous ceux qui peaufinent leur technique dans l\u2019ombre ; subsiste, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, une poign\u00e9e de peintres fonci\u00e8rement figuratifs qui semblent se soucier de tout ce charivari sp\u00e9culatif comme d\u2019une guigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">Ces derniers agissent dans le silence de leur petit atelier&nbsp;; d\u00e9ambulent dans les mus\u00e9es pour s\u2019inspirer des ma\u00eetres anciens et effectuer quelques croquis&nbsp;; puis rentrent chez eux avec la t\u00eate pleine de grandeur et d\u2019humilit\u00e9. Ils forment, dans le silence assourdissant o\u00f9 l\u2019on se pla\u00eet \u00e0 les plonger, ce que Benjamin Olivennes nomme sobrement \u00ab&nbsp;l\u2019autre art contemporain&nbsp;\u00bb. Parmi ceux-l\u00e0, parmi ce groupe r\u00e9duit d\u2019irr\u00e9ductibles r\u00eaveurs, se trouve un jeune peintre dont le nom m\u00e9rite d\u2019\u00eatre extirp\u00e9 du lot&nbsp;: Bruno Pisano.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">Le travail de Bruno Pisano se veut en effet rigoureusement figuratif, puisant ses influences chez des artistes aussi vari\u00e9s et diff\u00e9rents que Ribera, les surr\u00e9alistes ou le premier Freud. De la nature morte au portrait, en passant par des sortes de paysages que l\u2019homme semble avoir subitement d\u00e9sert\u00e9s, Bruno Pisano prom\u00e8ne son \u0153il scrutateur d\u2019un sujet \u00e0 l\u2019autre avec l\u2019avidit\u00e9 de celui qui veut tout voir et tout saisir du bout de son pinceau. Cette fringale th\u00e9matique s\u2019accompagne \u00e9tonnamment d\u2019une esp\u00e8ce d\u2019\u00e9loge de la lenteur et du silence. Le geste est ma\u00eetris\u00e9, pr\u00e9cis, m\u00e9ticuleux, sans pour autant verser dans une obsession r\u00e9aliste qui risquerait de figer irr\u00e9m\u00e9diablement le sujet, le privant par l\u00e0 m\u00eame de toute dimension \u00e9nigmatique. Or \u2013 et c\u2019est \u00e0 mon sens de l\u00e0 que provient une partie de sa force \u2013 la peinture de Bruno Pisano se propose de questionner notre rapport \u00e0 la banalit\u00e9 en conf\u00e9rant notamment aux objets qui nous entourent un certain myst\u00e8re, quelque chose qui rel\u00e8verait d\u2019une vie secr\u00e8te des choses que seul le regard du peintre serait en mesure de r\u00e9v\u00e9ler. Il nous invite, d\u2019une certaine mani\u00e8re, \u00e0 red\u00e9couvrir nos int\u00e9rieurs tels qu\u2019ils s\u2019immobilisent dans l\u2019intimit\u00e9 qui est la leur pendant que nous vaquons \u00e0 nos obligations professionnelles et sociales. Ainsi repr\u00e9sente-t-il une chaise attendant patiemment devant un radiateur que l\u2019absent revienne pour la d\u00e9barrasser d\u2019un morceau de tissu dont on peine \u00e0 identifier la forme. Ou une multiprise surcharg\u00e9e qui agit comme le symbole d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 satur\u00e9e d\u2019\u00e9crans, mais au pied de laquelle un t\u00e9l\u00e9phone portable g\u00eet et nous rappelle qu\u2019une r\u00e9sistance reste possible. Ou encore cette th\u00e9i\u00e8re peinte en plong\u00e9e et qui tr\u00f4ne sur un modeste gu\u00e9ridon en bois que l\u2019on prendrait presque pour une sculpture futuriste. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">       Quant aux rares portraits r\u00e9alis\u00e9s \u2013 le plus souvent f\u00e9minins \u2013 Bruno Pisano les traite avec une application qui semble accrue. Le trait se fait plus tranchant&nbsp;; les couleurs se font plus vives&nbsp;; une angoisse diffuse affleure et nous \u00e9treint. Sans doute est-ce par ce biais qu\u2019il communique au contemplateur la soucieuse importance qu\u2019il accorde au sujet, \u00e0 cette jeune femme dont le visage quelque peu m\u00e9lancolique se montre sans pour autant se d\u00e9voiler. L\u00e0, dans ce regard qui vagabonde vers un ailleurs qui se situe hors-champ, se joue, une fois de plus \u2013 comme c\u2019est d\u2019ailleurs d\u00e9j\u00e0 le cas dans ses natures mortes \u2013 le petit drame quotidien de cette absence \u00e0 soi-m\u00eame \u2013 et \u00e0 laquelle nous aspirons tous par moments, ou que nous subissons bien malgr\u00e9 nous comme une mal\u00e9diction. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">        En d\u00e9finitive, Bruno Pisano met sa peinture au service d\u2019une figuration classique qui, paradoxalement, cherche \u00e0 dire l\u2019indicible et \u00e0 montrer l\u2019immontrable&nbsp;: le silence d\u2019une pi\u00e8ce vide de toute pr\u00e9sence humaine, mais qui continue de vivre cependant&nbsp;; et la lenteur d\u2019une introspection \u00e0 laquelle la repr\u00e9sentation d\u2019un visage autre nous exhorte, tout en nous paraissant \u00e9trangement intime et personnel. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"justify has-small-font-size has-mobile-text-align-justify\">       Il apporte ainsi la preuve \u00e9clatante que la peinture figurative ne se tarit jamais \u2013 et qu\u2019elle continuera encore longtemps de questionner notre place au monde avec les moyens s\u00e9culaires qui sont les siens.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Julien Margallo<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-align: right; color : #000000;\"> <style> a { text-decoration: none; color : #000000; text-align: right; }<\/style><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/julien_margallo35\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.instagram.com\/julien_margallo35\"> @julien_margallo35<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment peint-on un silence ? \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le \u00ab formalisme zombie \u00bb corrompt un peu plus chaque jour le monde de l\u2019art ; \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 des pseudo-artistes se pensent \u00e0 l\u2019avant-garde en reproduisant quasi \u00e0 l\u2019identique des \u0153uvres qui ont pourtant plus d\u2019un si\u00e8cle, encourag\u00e9s dans leur fausse d\u00e9marche d\u2019exp\u00e9rimentation par tout un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"blank","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","cybocfi_hide_featured_image":"","_vp_format_video_url":"","_vp_image_focal_point":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"ppma_author":[119],"class_list":["post-753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"authors":[{"term_id":119,"user_id":2,"is_guest":0,"slug":"julien-margallo","display_name":"Julien Margallo","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/be67b46f2d238db3c51a893f8dd5ca58f2f12def322dbe9f4a93fbc24fd05feb?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","first_name":"","last_name":"","user_url":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=753"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/753\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":795,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/753\/revisions\/795"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=753"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/pisanobruno.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}